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exercices de philosophie

par Maryse Emel


le rêve


 

Exercices sur "le rêve"

 

par Maryse Emel

(Problème affichage avec Hotpotatoes)

 
 

 

L'exemple du surréalisme

 

	Salvator Dali crée le décor du rêve dans la Maison du Dr Edwardes	

 

Le rêve et le délire


Question 1 - En regardant les films précédents, comment comprendre les ruptures dans l'enchaînement des images?
A - Cela signifie que l'on est face à des symboles et qu'il nous faut retrouver le sens
B - c'est du délire

Question 2 - Comment comprendre cet "insensé" du rêve?
A - Il est insensé pour celui qui n'interprète pas. Il porte en lui de la signification. C'est comme un puzzle qu'il faut reconstruire.
B - C'est un enchaînement d'images sans lien



 

 


 

Travail de recherche : Pourquoi l'oeil est un thème récurrent dans ces exemples? ( Voir le cours sur la perception)

 

Aller plus loin sur le surréalisme


 

 

L'imagination créatrice

 

 

Pour le philosophe réaliste comme pour le commun des psychologues, c'est la perception des images qui détermine les processus de l'imagination. Pour eux, on voit les choses d'abord, on les imagine ensuite; on combine, par l'imagination, des fragments du réel perçus, des souvenirs du réel vécus, mais on ne saurait atteindre le règne d'une imagination foncièrement créatrice. Pour richement combiner, il faut avoir beaucoup vu. Le conseil de bien voir, qui fait le fond de la culture réaliste, domine sans peine notre paradoxal conseil de bien rêver, de rêver en restant fidèle à l'onirisme des archétypes qui sont enracinés dans l'inconscient humain. Nous allons cependant /.../ réfuter cette doctrine nette et claire et essayer, sur le terrain qui nous est le plus défavorable, d'établir une thèse qui affirme le caractère primitif, le caractère psychiquement fondamental de l'imagination créatrice. Autrement dit, pour nous, l'image perçue et l'image créée sont deux instances psychiques très différentes et il faudrait un mot spécial pour désigner l'image imagée. Tout ce qu'on dit dans les manuels sur l'imagination reproductrice doit être mis au compte de la perception et de la mémoire. L'imagination créatrice a de toutes autres fonctions que celles de l'imagination reproductrice. A elle appartient cette fonction de l'irréel qui est psychiquement aussi utile que la fonction du réel si souvent évoquée par les psychologues pour caractériser l'adaptation d'un esprit à une réalité estampillée par les valeurs sociales. Précisément cette fonction de l'irréel retrouvera des valeurs de solitude. La commune rêverie en est un des aspects les plus simples. Mais on aura bien d'autres exemples de son activité si l'on veut bien suivre l'imagination imaginante dans sa recherche d'images imagées.

Bachelard

 

Exercice sur le texte de Bachelard

 

La valeur authentique de l'imagination ne concerne pas seulement le passé, mais aussi le futur : les formes de la liberté et du bonheur qu'elle évoque tendent à libérer la réalité historique. C'est dans son refus d'accepter comme définitives les limitations imposées à la liberté et au bonheur par le principe de réalité, dans son refus d'oublier ce qui peut être que réside la fonction critique de l'imagination. " Réduire l'imagination à l'esclavage, quand bien même il y irait de ce qu'on appelle grossièrement le bonheur, c'est se dérober à tout ce qu'on trouve au fond de soi de justice suprême. La seule imagination me rend compte de ce qui peut être. " Les surréalistes ont reconnu les implications révolutionnaires des découvertes de Freud. " L'imagination est peut-être sur le point de revendiquer ses droits. " Mais lorsqu'ils demandèrent : " Le rêve ne peut-il pas aussi s'appliquer à la solution des problèmes fondamentaux de la vie ? ", ils allèrent au-delà de la psychanalyse en exigeant que le rêve se transforme en réalité sans compromettre son contenu. L'art s'est allié avec la révolution. Une adhésion sans compromis à la stricte vérité de l'imagination appréhende la réalité plus totalement.

Marcuse

Eros et civilisation

 

à quoi sert l'imagination selon Marcuse?


Question 1 - Que nous permet l'imagination?
A - De nous libérer de la réalité historique, ouverture à l'utopie
B - De fuir le réel

Question 2 - Quel rapport entretient-elle avec le réel
A - Elle permet de le rectifier
B - Elle n'en a aucun



 

 

 

Rêve et psychanalyse

 

  • Exercice :

 

"Mademoiselle Elisabeth v. R…

 

Au cours de l'automne 1892, un médecin de mes amis me demanda d'examiner une jeune fille qui, depuis plus de deux ans, souffrait de douleurs dans les jambes et marchait avec difficulté. Il ajouta qu'il s'agissait, d'après lui, d'une hystérie, bien qu'aucun des symptômes habituels de cette névrose ne soit décelable. Il connaissait un peu la famille de la malade et savait que les années écoulées lui avaient apporté beaucoup de malheurs et peu de joie. D'abord, la malade avait perdu son père, puis sa mère avait dû subir une grave opération aux yeux et, bientôt après, une de ses sœurs mariée était morte d'une affection cardiaque après son accouchement. C'est notre patiente qui avait eu la plus grande part de tous les soucis ainsi que de tous les soins à donner. […]

Je l'interrogeai donc sur les circonstances et les causes de la première apparition de ses douleurs. Ses pensées s'attachèrent alors à des vacances dans la ville d'eaux où elle était allée avant son voyage à Gastein et certaines scènes surgirent, que nous avions déjà plus superficiellement traitées auparavant. Elle parla de son état d'âme à cette époque, de sa lassitude après tous les soucis que lui avaient causés la maladie ophtalmique de sa mère et les soins qu'elle lui avait donnés à l'époque de l'opération ; elle parla enfin de son découragement final, en pensant qu'il lui faudrait, vieille fille solitaire, renoncer à profiter de l'existence et à réaliser quelque chose dans la vie. Jusqu'alors, elle s'était trouvée assez forte pour se passer de l'aide d'un homme ; maintenant, le sentiment de sa faiblesse féminine l'avait envahie, ainsi que le besoin d'amour et alors, suivant ses propres paroles, son être figé commença à fondre. En proie à un pareil état d'âme, l'heureux mariage de sa sœur cadette fit sur elle la plus grande impression ; elle fut témoin de tous les tendres soins dont le beau-frère entourait sa femme, de la façon dont ils se comprenaient d'un seul regard, de leur confiance mutuelle. On pouvait évidemment regretter que la deuxième grossesse succédât aussi rapidement à la première, mais sa sœur qui savait que c'était là la cause de sa maladie supportait allègrement son mal en pensant que l'être aimé en était la cause. Au moment de la promenade qui était étroitement liée aux douleurs d'Elisabeth, le beau-frère avait tout d'abord refusé de sortir, préférant rester auprès de sa femme malade, mais un regard de celle-ci pensant qu'Elisabeth s'en réjouirait, le décida à faire cette excursion. La jeune fille resta tout le temps en compagnie de son beau-frère, ils parlèrent d'une foule de choses intimes et tout ce qu'il lui dit correspondait si harmonieusement à ses propres sentiments qu'un désir l'envahit alors : celui de posséder un mari ressemblant à celui-là. Puis ce fut le matin qui suivit le départ de sa sœur, et du beau-frère qu'elle se rendit à ce site, promenade rêvée de ceux qui venaient de partir. Là, elle s'assit sur une pierre, et rêva à nouveau d'une vie heureuse comme celle de sa sœur, et d'un homme, comme son beau-frère, qui saurait capter son cœur. En se relevant, elle ressentit une douleur qui disparut cette fois-là encore et ce ne fut que dans l'après-midi qui suivit un bain chaud pris dans cet endroit que les douleurs réapparurent pour ne plus la quitter. J'essayai de savoir quelles pensées l'avaient préoccupée dans son bain ; je ne pus apprendre qu'une seule chose, c'est que l'établissement de bains l'avait fait se souvenir de ce que le jeune ménage y avait habité.

J'avais compris depuis longtemps de quoi il s'agissait. La malade, plongée dans ses souvenirs à la fois doux et amers, ne paraissait pas saisir la sorte d'explication qu'elle me suggérait, et continuait à rapporter ses réminiscences. Elle dépeignait son séjour à Gastein et l'état d'anxiété où la plongeait l'arrivée de chacune des lettres ; enfin lui parvint la nouvelle de l'état alarmant de sa sœur, et Elisabeth décrivit la longue attente, le départ du train, le voyage fait dans une angoissante incertitude, la nuit sans sommeil, tout cela accompagné d'une violente recrudescence des douleurs. Je lui demandai si elle s'était représentée pendant le trajet la tragique possibilité qu'elle trouva réalisée à son arrivée. Elle me dit avoir fait l'impossible pour chasser cette idée, mais sa mère, croyait-elle, s'était depuis le début attendue au pire. Suivit le récit de son arrivée à Vienne. Elle décrivit l'impression causée par les parents qui les attendaient à la gare, le petit trajet de Vienne jusqu'à la proche banlieue où habitait sa sœur, l'arrivée le soir, la traversée rapide du jardin jusqu'à la porte du petit pavillon, la maison silencieuse et plongée dans une angoissante obscurité, le fait que le beau-frère ne vint pas à leur rencontre. Puis l'entrée dans la chambre où reposait la morte, et tout à coup, l'horrible certitude que cette sœur bien-aimée était partie sans leur dire adieu, sans que leurs soins eussent pu alléger ses derniers moments. Au même instant, une autre pensée avait traversé l'esprit d'Elisabeth, une pensée qui, à la manière d'un éclair rapide, avait traversé les ténèbres : l'idée qu'il était redevenu libre, et qu'elle pourrait l'épouser.

Tout s'éclairait. Les efforts de l'analyse étaient couronnés de succès. À cette minute, ce que j'avais supposé se confirmait à mes yeux. L'idée de « rejet » d'une représentation insupportable, l'apparition des symptômes hystériques par conversion d'une excitation psychique en symptômes somatiques[1], la formation – par un acte volontaire aboutissant à une défense – d'un groupe psychique isolé. C'était ainsi et non autrement que les choses s'étaient ici passées. Cette jeune fille avait éprouvé pour son beau-frère une tendre inclination, mais toute sa personne morale révoltée avait refusé de prendre conscience de ce sentiment. Enfin, lorsque cette certitude s'est imposée à elle (pendant la promenade faite avec lui, pendant sa rêverie matinale, au bain et devant le lit de sa sœur), elle s'était créé des douleurs par une conversion réussie du psychique au somatique. À l'époque où j'entrepris son traitement, l'isolement du groupe d'associations relatives à cet amour était déjà fait accompli, sans cela, je crois qu'elle ne se serait jamais prêtée au traitement ; la résistance qu'elle opposa maintes fois à la reproduction des scènes traumatisantes correspondait réellement à l'énergie mise en œuvre pour rejeter hors des associations l'idée intolérable. Toutefois, le thérapeute fut en proie à bien des difficultés dans le temps qui suivit. Pour cette pauvre enfant, l'effet de la prise de conscience d'une représentation refoulée fut bouleversant. Elle poussa les hauts cris, lorsqu'en termes précis, je lui exposai les faits en lui montrant que, depuis longtemps, elle était amoureuse de son beau-frère. À cet instant elle se plaignit des plus affreuses douleurs et fit encore un effort désespéré pour rejeter mes explications : « ce n'est pas vrai, c'était moi qui le lui avais suggéré, c'était impossible, elle n'était pas capable de tant de vilénie, ce serait impardonnable, etc. » Il ne fut pas difficile de lui démontrer que ses propres paroles ne laissaient place à aucune interprétation, mais il me fallut longtemps pour lui faire accepter mes deux arguments consolateurs, à savoir que l'on n'est pas responsable de ses sentiments et que, dans ces circonstances, son comportement, son attitude, sa maladie, témoignaient suffisamment de sa haute moralité".

Freud

Études sur l'hystérie (1893), tr. A. Berman, PUF, pp. 106, 123-125.

Le cas Elisabeth Freud

 

Si l'on étudie les pensées latentes du rêve, dont on a été informé par l'analyse de celui-ci, on en trouve une qui parmi elles se détache nettement des autres, qui sont raisonnables et bien connues du rêveur. Ces autres sont des restes de la vie éveillée (restes diurnes); mais dans cette pensée isolée, on reconnaît souvent une motion de désir très scabreuse, qui est étrangère à la vie du rêveur éveillé, et qu'en conséquence d'ailleurs, il dénie avec stupeur et indignation. Cette motion est l'élément proprement formateur du rêve, c'est elle qui a fourni l'énergie pour la production du rêve et qui s'est servie des restes diurnes comme d'un matériau : le rêve ainsi constitué représente pour elle une situation de satisfaction, il est l'accomplissement de son désir. Ce processus ne serait pas devenu possible si quelque chose dans l'état du sommeil ne l'avait pas favorisé. Le présupposé psychique du sommeil est le réglage du moi sur le désir de sommeil et le désinvestissement de tous les intérêts de la vie; étant donné que les accès de la motilité sont en même temps barrés, le moi peut diminuer la dépense au prix de laquelle il maintient d'habitude les refoulements. La motion inconsciente met à profit ce relâchement nocturne du refoulement pour opérer, par le biais du rêve, une percée jusqu'à la conscience. Mais, par ailleurs, la résistance, refoulante du moi n'est pas non plus abolie par le sommeil, elle est seulement diminuée. Un vestige d'elle est resté sous la forme de la censure du rêve, qui interdit maintenant à la motion de désir inconsciente de s'exprimer dans les formes qui lui seraient vraiment appropriées. Par suite de la rigueur de la censure du rêve, les pensées latentes du rêve doivent se plier à des modifications et à des atténuations qui rendent méconnaissable le sens prohibé du rêve. Telle est l'explication de la"déformation du rêve"à laquelle le rêve manifeste doit ses caractères les plus frappants. D'où la justification de cette thèse : le rêve est l'accomplissement (camouflé) d'un désir (refoulé). Nous nous apercevons dès à présent que le rêve est bâti comme un symptôme névrotique, il est une formation de compromis entre la demande d'une motion pulsionnelle refoulée et la résistance d'une puissance censurante dans le moi. Pour avoir la même genèse, il est du reste tout aussi incompréhensible que le symptôme, et nécessite au même titre que lui une interprétation. La fonction générale de l'acte de rêver est facile à découvrir. Il sert à écarter par une sorte de mise en sourdine les excitations externes et internes qui susciteraient l'éveil, et à garantir aussi le sommeil contre la perturbation.

Freud

L'interprétation des rêves

Le rêve comme accomplissement des désirs Freud

Exercice : Traduire le texte sur Elisabeth, à partir de ce texte sur l'accomplissement des désirs.

 

  • Exercice : Contenu latent contenu manifeste.

[Ressource n° de nature non encore affichable]

  • Exercice : Mots croisés sur Rêve et rêverie

[Ressource n° de nature JCross non encore affichable] Exercice : Mots croisés sur la psychanalyse.

 
 

Textes)

 

Interpréter

 

 

 

LXXXI Antiphon le Sophiste (480 avant J.C. - 411 avant J.C.).

 

  • à partir de ce texte de Cicéron, voir en quoi consiste le "délire" interprétatif.

Les conjectures des mêmes interprètes ne font-elles pas apparaître davantage leur propre talent que les forces de la nature et ce qui y correspond ? Un coureur qui pensait se rendre à Olympie se voit en songe conduisant un quadrige. Le matin, il va voir l’interprète, et celui-ci : « Tu vaincras, lui dit-il, car cela signifie la rapidité et la force des chevaux. » Peu après, le même homme va voir Antiphon qui, alors, lui dit : « Tu seras nécessairement vaincu : n’as-tu pas compris qu’il y a quatre coureurs devant toi ? » Mais prenons un autre coureur – à cet égard, le livre de Chrysippe est rempli de songes et d’interprétations de ce genre, ainsi que celui d’Antipater – je reviens à mon coureur : il rapporta à l’interprète qu’en songe, il lui avait semblé être devenu un aigle ; alors celui-ci : « Tu as vaincu; aucun oiseau n’a un vol plus puissant que l’aigle. » Mais, pareillement, le même Antiphon lui dit : « Imbécile, ne vois-tu pas que tu es vaincu ? Car cet oiseau, qui poursuit et pourchasse les autres, est toujours le dernier. » (Cicéron, De la divination, II, LXX, 144.)

Qui est Antiphon?
Né à Rhamnonte, en Attique, et plus jeune que Gorgias de quelques années, Antiphon florissait vers l’an 430 avant l’ère chrétienne. Il eut pour premier maître Sophilos, son père, habile rhéteur; se perfectionna sous Gorgias, et devint si célèbre par son éloquence, que le peuple, se méfiant de ce sorcier, comme on disait alors, l’empêcha souvent de monter à la tribune. Il donna des leçons de cet art de la rhétorique, qui, dans Athènes, était un instrument de gouvernement. C’est à cette grave école que se forma Thucydide. Socrate et Euripide allaient aussi l’entendre. « Antiphon, dit l’historien de la guerre du Péloponnèse, ne le cédait en vertu à aucun Athénien de son temps: il excellait à concevoir et à exprimer ses pensées. Sa réputation de sévérité avait contribué à le rendre suspect au peuple; mais, pour ceux qui étaient en procès, soit devant les tribunaux, soit devant le peuple lui-même, l’appui de cet homme seul valait mieux que tout pour qui le consultait. » Antiphon est le fondateur de l’éloquence judiciaire. Ammien Marcellin dit qu’il introduisit aussi la coutume de recevoir des honoraires pour ses plaidoyers. Il acquit, par ce moyen, une fortune considérable, qui fut l’objet des railleries des poètes comiques. Dans la guerre du Péloponnèse, il commanda plusieurs fois des corps de troupes athéniennes, équipa des galères à ses frais, et remporta quelques avantages sur l’ennemi. Ruhnken croit qu’il fut archonte l’an 418 avant J.-C. Six ans plus tard, il contribua puissamment à faire abolir la démocratie, et à établir dans Athènes l’oligarchie des Quatre-Cents. La division se mit, peu après, entre ces nombreux gouvernants dont il faisait partie, au sujet d’Alcibiade, que les uns voulaient rappeler, tandis que d’autres s’y opposaient. Antiphon, qui était l’âme de ce dernier parti, alla, avec neuf autres citoyens, en ambassade à Lacédémone, pour obtenir la paix, à quelque prix que ce fût. Il ne put réussir tant étaient grandes l’humiliation d’Athènes et la haine de ses ennemis. Les Quatre-Cents ayant fait place à un gouvernement plus populaire, Alcibiade fut rappelé, et Antiphon mis en accusation au sujet de son ambassade. Plutarque nous a conservé le décret lancé contre lui à cette occasion. Ce fut alors qu’il prononça, pour sa défense, le beau discours que rappelle Cicéron,[1] et que Thucydide, qui l’avait entendu, place au-dessus de tout ce qu’avait produit jusqu’alors l’éloquence attique. Antiphon n’en fut pas moins condamné à mort. La démocratie, triomphante et altérée de vengeance, fit jeter hors de la frontière le cadavre de son énergique adversaire, rasa sa maison, et dégrada sa postérité. Les anciens citent une Rhétorique d’Antiphon, et ils ajoutent qu’elle était la plus ancienne. Les contemporains de cet orateur l’avaient surnommé Nestor, sans doute à cause la douceur de son élocution. Son nom, ou plutôt celui de sa bourgade, devint synonyme d’éloquent, et Rhamnusien signifia un homme savant et disert. Voué surtout à la défense des accusés, il avait fait écrire au-dessus de la porte de sa maison: « Ici l’on console les malheureux. » Philostrate et Plutarque, lui attribuant peut-être un mot courageux d’Antiphon, le poète tragique, disent que, dans sa vieillesse, se trouvant à Syracuse, il fut convié à la table de Denys l’Ancien, qui venait d’affermir sa tyrannie. Denys lui demanda quel était, à son avis, le meilleur airain: « C’est, répondit Antiphon, celui des statues d’Harmodios et d’Aristogiton. »

Descartes (1596-1650), lettre à Chanut, la jeune fille louche A Chanut, 6 juin 1647 Monsieur,

[…] Je passe maintenant à votre question, touchant les causes qui nous incitent souvent à aimer une personne plutôt qu’une autre, avant que nous en connaissions le mérite; et j’en remarque deux, qui sont, l’une dans l’esprit, et l’autre dans le corps. Mais pour celle qui n’est que dans l’esprit, elle présuppose tant de choses touchant la nature de nos âmes, que je n’oserais entreprendre de les déduire dans une lettre. Je parlerai seulement de celle du corps. Elle consiste dans la disposition des parties de notre cerveau, soit que cette disposition ait été mise en lui par les objets des sens, soit par quelque autre cause. Car les objets qui touchent nos sens meuvent par l’entremise des nerfs quelques parties de notre cerveau, et y font comme certains plis, qui se défont lorsque l’objet cesse d’agir; mais la partie où ils ont été faits demeure par après disposée à être pliée derechef en la même façon par un autre objet qui ressemble en quelque chose au précédent, encore qu’il ne lui ressemble pas en tout. Par exemple, lorsque j’étais enfant, j’aimais une fille de mon âge, qui était un peu louche ; au moyen de quoi, l’impression qui se faisait par la vue en mon cerveau, quand je regardais ses yeux égarés, se joignait tellement à celle qui s’y faisait aussi pour émouvoir en moi la passion de l’amour, que longtemps après, en voyant des personnes louches, je me sentais plus enclin à les aimer qu’à en aimer d’autres, pour cela seul qu’elles avaient ce défaut; et je ne savais pas néanmoins que ce fût pour cela. Au contraire, depuis que j’y ai fait réflexion, et que j’ai reconnu que c’était un défaut, je n’en ai plus été ému1. Ainsi, lorsque nous sommes portés à aimer quelqu’un, sans que nous en sachions la cause, nous pouvons croire que cela vient de ce qu’il y a quelque chose en lui de semblable à ce qui a été dans un autre objet que nous avons aimé auparavant, encore que nous ne sachions pas ce que c’est. Et bien que ce soit plus ordinairement une perfection qu’un défaut, qui nous attire ainsi à l’amour ; toutefois, à cause que ce peut être quelquefois un défaut, comme en l’exemple que j’ai apporté, un homme sage ne se doit pas laisser entièrement aller à cette passion, avant que d’avoir considéré le mérite de la personne pour laquelle nous nous sentons émus. Mais, à cause que nous ne pouvons pas aimer également tous ceux en qui nous remarquons des mérites égaux, je crois que nous sommes seulement obligés de les estimer également; et que, le principal bien de la vie étant d’avoir de l’amitié pour quelques-uns, nous avons raison de préférer ceux à qui nos inclinations secrètes nous joignent, pourvu que nous remarquions aussi en eux du mérite. Outre que, lorsque ces inclinations secrètes ont leur cause en l’esprit, et non dans le corps, je crois qu’elles doivent toujours être suivies; et la marque principale qui les fait connaître, est que celles qui viennent de l’esprit sont réciproques, ce qui n’arrive pas souvent aux autres. Mais les preuves que j’ai de votre affection m’assurent si fort que l’inclination que j’ai pour vous est réciproque, qu’il faudrait que je fusse entièrement ingrat, et que je manquasse à toutes les règles que je crois devoir être observées en l’amitié, si je n’étais pas avec beaucoup de zèle, etc.

René Descartes, Lettre à Chanut, 6 juin 1647.

Spinoza (1632-1677), les hommes ignorent les causes de leurs volitions

[...] tous les préjugés que j’entreprends de dénoncer ici viennent de cela seul, que les hommes supposent communément que toutes les choses naturelles agissent, comme eux-mêmes, à cause d’une fin, et vont même jusqu’à tenir pour certain que Dieu lui-même règle tout en vue d’une certaine fin précise : ils disent en effet que Dieu a tout fait à cause de l’homme, et a fait l’homme pour qu’il l’honore. C’est donc cela seul que je considérerai d’abord, en cherchant premièrement la cause qui fait qu’ils se reposent, pour la plupart, sur ce préjugé, et pourquoi ils ont tous un tel penchant à l’embrasser. Ensuite, j’en montrerai la fausseté, et enfin, comment en sont nés les préjugés relatifs au bien et au mal, au mérite et au péché, à la louange et au blâme, à l’ordre et à la confusion, à la beauté et à la laideur et autres choses du même genre. Mais, quant à les déduire de la nature de l’esprit humain, ce n’est pas ici le lieu : Il suffira ici que je prenne pour fondement ce qui doit être à la connaissance de tous ; je veux dire, que les hommes naissent tous ignorants des causes des choses, et qu’ils ont tous l’appétit de chercher ce qui leur est utile, chose dont ils ont conscience. Car de là suit, premièrement, que les hommes se croient libres, pour la raison qu’ils ont conscience de leurs volitions et de leur appétit, et que, les causes qui les disposent à appéter et à vouloir, ils les ignorent, et n’y pensent pas même en rêve. Il suit deuxièmement, qu’en tout les hommes agissent à cause d’une fin ; à savoir, à cause de l’utile, dont ils ont l’appétit ; d’où vient que, des choses accomplies, ils veulent toujours savoir les causes finales, et rien qu’elles, et quand on les leur a dites, ils sont contents ; c’est qu’ils n’ont plus alors de raison de douter. Et, si nul ne peut les leur dire, il ne leur reste plus qu’à se tourner vers eux-mêmes, à réfléchir aux fins qui les déterminent eux-mêmes, d’ordinaire, à de tels actes, et à juger nécessairement du tempérament d’autrui à partir de leur propre tempérament. En outre, comme ils trouvent en eux et hors d’eux bon nombre de moyens qui contribuent grandement à leur procurer ce qui leur est utile, comme par ex. des yeux pour voir, des dents pour mâcher, des herbes et des animaux pour s’alimenter, un soleil pour éclairer, une mer pour nourrir des poissons, etc. ; de là vint qu’ils considèrent tous les étants naturels comme des moyens en vue de ce qui leur est utile ; et parce qu’ils savent que, ces moyens, ils les ont trouvés et non pas disposés, ils y ont vu une raison de croire que c’était quelqu’un d’autre qui avait disposé ces moyens à leur usage. Car, une fois qu’ils eurent considéré les choses comme des moyens, ils ne purent plus croire qu’elles se fussent faites elles-mêmes ; mais, à partir des moyens qu’ils disposent d’ordinaire pour eux-mêmes, ils avaient dû conclure à l’existence d’un ou plusieurs recteurs de la nature, dotés de liberté humaine, ayant pour eux pris soin de tout, ayant tout fait pour leur usage.

Baruch Spinoza (1632-1677), Éthique (1677, publication posthume), 1ère partie, Appendice.

Leibniz (1646-1716), les petites perceptions insensibles

D’ailleurs il y a mille marques qui font juger qu’il y a à tout moment une infinité de perceptions en nous, mais sans aperception [conscience de la perception, qui vient après la perception elle-même, lorsque notre attention est attirée sur celle-ci] et sans réflexion, c’est-à-dire des changements dans l’âme même dont nous ne nous apercevons pas, parce que les impressions sont ou trop petites et en trop grand nombre ou trop unies, en sorte qu’elles n’ont rien d’assez distinguant à part, mais jointes à d’autres, elles ne laissent pas de faire leur effet et de se faire sentir au moins confusément dans l’assemblage. C'’est ainsi que l’accoutumance fait que nous ne prenons pas garde au mouvement d’un moulin ou à une chute d’eau, quand nous avons habité tout auprès depuis quelque temps. Ce n’est pas que ce mouvement ne frappe toujours nos organes, et qu’il ne se passe encore quelque chose dans l’âme qui y réponde, à cause de l’harmonie de l’âme et du corps, mais ces impressions qui sont dans l’âme et dans le corps, destituées des attraits de la nouveauté, ne sont pas assez fortes pour s’attirer notre attention et notre mémoire, attachées à des objets plus occupants. Car toute attention demande de la mémoire, et souvent quand nous ne sommes point admonestés – pour ainsi dire et avertis de prendre garde à quelques-unes de nos propres perceptions présentes, nous les laissons passer sans réflexion et même sans être remarquées ; mais si quelqu’un nous en avertit incontinent [immédiatement] après et nous fait remarquer par exemple quelque bruit qu’on vient d’entendre, nous nous en souvenons et nous nous apercevons d’en avoir eu tantôt quelque sentiment. Ainsi c’étaient des perceptions dont nous ne nous étions pas aperçus incontinent, l’aperception ne venant dans ce cas que de l’avertissement après quelque intervalle, tout petit qu’il soit.

Et pour juger encore mieux des petites perceptions que nous ne saurions distinguer dans la foule, j’ai coutume de me servir de l’exemple du mugissement ou du bruit de la mer dont on est frappé quand on est au rivage. Pour entendre ce bruit comme l’on fait, il faut bien qu’on entende les parties qui composent ce tout, c’est-à-dire les bruits de chaque vague, quoique chacun de ces petits bruits ne se fasse connaître que dans l’assemblage confus de tous les autres ensemble, c’est-à-dire dans ce mugissement même, et ne se remarquerait pas si cette vague qui le fait était seule. Car il faut qu’on soit affecté un peu par le mouvement de cette vague, et qu’on ait quelque perception de chacun de ces bruits, quelque petits qu’ils soient ; autrement, on n’aurait pas celle de cent mille vagues, puisque cent mille riens ne sauraient faire quelque chose. On ne dort jamais si profondément qu’on n’ait quelque sentiment faible et confus ; et on ne serait jamais éveillé par le plus grand bruit du monde, si on n’avait quelque perception de son commencement, qui est petit ; comme on ne romprait jamais une corde par le plus grand effort du monde, si elle n’était tendue et allongée un peu par de moindres efforts, quoique cette petite extension qu’ils font ne paraisse pas.

Ces petites perceptions sont donc de plus grande efficace par leurs suites qu’on ne pense. Ce sont elles qui forment ce je ne sais quoi, ces goûts, ces images des qualités des sens, claires dans l’assemblage mais confuses dans les parties, ces impressions que des corps environnants font sur nous, qui enveloppent l’infini; cette liaison que chaque être a avec tout le reste de l’univers [toutes les choses communiquent dans l’univers. L’homme vit dans un monde où rien n’est comme une île dans la mer, je communique obscurément avec le reste des choses sans en avoir une claire conscience].

On peut même dire qu’en conséquence de ces petites perceptions, le présent est gros de l’avenir et chargé du passé, que tout est conspirant, et que, dans la moindre des substances, des yeux aussi perçants que ceux de Dieu pourraient lire toute la suite des choses de l’univers : Quae sint, quae fuerint, quae mox futura trahantur. [celles qui sont, celles qui furent, celles qui sont sur le point d’être (Virgile, Géorgiques IV, 492)] Ces perceptions insensibles marquent encore et constituent le même individu, qui est caractérisé, par les traces ou expressions qu’elles conservent des états précédents de cet individu, en faisant la connexion avec son état présent.

Gottfried Wilhelm Leibniz (1646-1716), Nouveaux essais sur l’entendement humain (1704).

Textes sur l'inconscient