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exercices de philosophie

par Maryse Emel


Interpréter le sacrifice d'Isaac


 

Interpréter un texte religieux

 

  • Lire le texte de la Bible
    • Quelle différence y-a-t-il entre l'esprit du texte et la lettre? (voir le texte de la Bible)
    • chercher dans le dictionnaire le sens d'interpréter. Pourquoi prend-on la représentation d'Hermès pour symboliser l'interprétation?Chercher qui est Hermès.
    • Peut-on établir un rapport avec la traduction? Fait-on du mot à mot quand on traduit?
    • De la même façon, Abraham traduit-il la parole divine?

 

 

Abraham.Texte biblique

 

Dieu mit Abraham à l'épreuve, et lui dit: Abraham! Et il répondit: Me voici! Dieu dit: Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac ; va-t-en au pays de Morija, et là offre-le en holocauste sur l'une des montagnes que je te dirai.

Abraham se leva de bon matin, sella son âne, et prit avec lui deux serviteurs et son fils Isaac. Il fendit du bois pour l'holocauste, et partit pour aller au lieu que Dieu lui avait dit.

Le troisième jour, Abraham, levant les yeux, vit le lieu de loin. Et Abraham dit à ses serviteurs: Restez ici avec l'âne ; moi et le jeun homme, nous irons jusque-là pour adorer, et nous reviendrons auprès de vous. Abraham prit le bois pour l'holocauste, le chargea sur son fils Isaac, et porta dans sa main le feu et le couteau. Et ils marchèrent tous deux ensemble. Alors Isaac parlant à Abraham, son père, dit: Mon père! Et il répondit: Me voici mon fils! Isaac reprit: Voici le feu et le bois; mais où est l'agneau pour l'holocauste? Abraham répondit: Mon fils, Dieu se pourvoira lui-même de l'agneau pour l'holocauste. Et ils marchèrent tous deux ensemble.

Lorsqu'ils furent arrivés au lieu que Dieu lui avait dit, Abraham y éleva un autel, et rangea le bois. Il lia son fils Isaac, et le mit sur l'autel, par dessus le bois. Puis Abraham étendit la main, et prit le couteau pour égorger son fils. Alors l'ange de l'Eternel l'appela des cieux et dit: Abraham! Abraham! Et il répondit: Me voici! L'ange dit: N'avance pas ta main sur l'enfant, et ne lui fait rien, car je sais maintenant que tu crains Dieu, et que tu ne m'as pas refusé ton fils, ton unique. Abraham leva les yeux et vit derrière lui un bélier retenu dans un buisson par les cornes; et Abraham alla prendre le bélier et l'offrit en holocauste à la place de son fils. Abraham donna à ce lieu le nom de Jehova-jiré. C'est pourquoi l'on dit aujourd'hui: A la montagne de l'Eternel il sera pourvu.

L'ange de l'Eternel appela une seconde fois Abraham des cieux, et dit: Je le jure par moi-même, parole de l'Eternel! Parce que tu as fait cela, et que tu n'a pas refusé ton fils, ton unique, je te bénirai et je multiplierai ta postérité, comme les étoiles du ciel et comme le sable qui est sur le bord de la mer; et ta postérité possédera la porte de ses ennemis. Toutes les nations de la terre seront bénies en ta postérité, parce que tu as obéi à ma voix.

Bible

Le sacrifice d'isaac

  • Qu'est-ce que la Bible? (Faire des recherches en groupe)
  • Regarder ce film qui raconte l'histoire d'Abraham

  • Pourquoi ce film est-il une interprétation? analyse de la Genèse
  • Comparer avec le texte de la Bible la scène du sacrifice

Page élève

 

 

La lecture de Kierkegaard

 

« La différence qui sépare le héros tragique[1] d’Abraham[2] saute aux yeux. Le premier reste encore dans la sphère morale. Pour lui, toute expression du moral a son telos[3]dans une expres­sion supérieure du moral ; il réduit le rapport moral entre le père et le fils, ou la fille et le père à un sentiment dont la dialectique se rapporte à l’idée de moralité. Il ne peut donc ici être question d’une suspension téléologique du moral lui-même.

 

 

Tout autre est le cas d’Abraham. Il a franchi par son acte tout le stade moral ; il a au-delà un telos devant lequel il suspend ce stade. Car je voudrais bien savoir comment on peut ramener son action au général, et si l’on peut découvrir, entre sa conduite et le général, un rapport quelconque autre que celui d’avoir franchi le général. Il n’agit pas pour sauver un peuple, ni pour défendre l’idée de l’État, ni pour apaiser les dieux irrités. Si l’on pouvait invo­quer le courroux de la divinité, cette colère aurait pour objet Abraham seul, dont toute la conduite est une affaire strictement privée, étrangère au général. Aussi, tandis que le héros tragique est grand par sa vertu morale, Abraham l’est par une vertu toute personnelle. Dans sa vie, le moral ne trouve pas d’expression plus haute que celle-ci: le père doit aimer son fils. Il ne peut absolument pas être question du moral au sens du vertueux. S’il y avait du général dans la conduite d’Abraham, il serait recélé en Isaac, et pour ainsi dire caché en ses flancs, et crierait alors par sa bouche: « ne fais pas cela, tu réduis tout à néant. »

 

 

 

Pourquoi donc Abraham le fait-il ? Pour l’amour de Dieu, comme, d’une manière absolu­ment identique, pour l’amour de lui-même. Pour l’amour de Dieu, parce que Dieu exige cette épreuve de sa foi, et pour l’amour de lui-même, pour donner cette preuve. Cette conformité trouve son terme adéquat dans le mot qui a toujours désigné cette situation : c’est une épreuve, une tentation. Mais une tentation, qu’est-ce à dire ? Elle prétend d’ordinaire détourner l’homme de son devoir; mais ici, elle est le moral lui-même, jaloux d’empêcher Abraham d’accomplir la volonté de Dieu. Qu’est-ce alors que le devoir ? L’expression de la volonté de Dieu.

 

 

Ici paraît la nécessité d’une catégorie nouvelle, si l’on veut comprendre Abraham. Le paga­nisme ignore ce genre de rapport avec la divinité ; le héros tragique n’entre pas en relation privée avec elle ; pour lui, le moral est le divin, d’où suit qu’alors le paradoxe se ramène au général par médiation.

 

 

Abraham se refuse à la médiation; en d’autres termes : il ne peut parler. Dès que je parle, j’exprime le général, et si je me tais, nul ne peut me comprendre. Dès qu’Abraham veut s’ex­primer dans le général, il lui faut dire que sa situation est celle du doute religieux ; car il n’a pas d’expression plus haute, tirée du général, qui soit au-dessus du général qu’il franchit. »

 

 

 

 

 

 

 

[1] Kierkegaard analyse dans les pages qui précèdent la figure d’Agamemnon sacrifiant Iphigénie, choisissant entre l’intérêt général (il est chef des armées grecques dans l’Iliade) et l’intérêt particulier (il est le père d’Iphigénie).

 

[2] Patriarche biblique. Abraham et sa femme Sarah, ayant désiré toute leur vie durant un enfant, réussissent finalement à avoir un fils, Isaac. Abraham reçoit un message qu’il pense venir de Dieu lui demandant de le sacrifier.

 

[3] Terme grec qui signifie, «fin, accomplissement».

Kierkegaard

Crainte et Tremblement, 1843, Le chevalier de la foi, Aubier Tisseau, 1984, p. 91-93.

 

 

Représentations dans l'art

 

Abraham retenu par l'ange au moment de sacrifier Isaac Rembrandt  La plus ancienne représentation connue de l’Aqéda, sur le ciborium de l'Arche sainte, dans la synagogue de Doura Europos.  Ce relief du XVIIIe siècle montrant le sacrifice d'Isaac est situé dans une chapelle au sein de la Colonne de la Sainte Trinité d'Olomouc. Il fait partie d'une série dont la thématique principal est le sacrifice à Dieu et qui s'achève avec la crucifixion du Christ.