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exercices de philosophie

par Maryse Emel


Etudier un exemple


A quoi sert un exemple?

 

  • Etude d'un exemple : "la belle marmite"

Réfléchir la (les) source(s) des préjugés à propos du beau

 

SOCRATE — Cela sera, s’il plaît à Dieu, Hippias. Pour le présent, réponds à une petite question que j’ai à te faire à ce sujet, et que tu m’as rappelée à l’esprit fort à propos. Il n’y a pas long-temps, mon cher ami, que, causant avec quelqu’un, et blâmant certaines choses comme laides, et en approuvant d’autres comme belles, il m’a jeté dans un grand embarras par ses questions insultantes. Socrate, m’a-t-il dit, d’où connais-tu donc les belles choses et les laides ? Voyons un peu : pourrais-tu me dire ce que c’est que le beau ? Moi, je fus assez sot pour demeurer interdit, et je ne sus quelle bonne réponse lui faire. Au sortir de cet entretien, je me suis mis en colère contre moi-même, me reprochant mon ignorance, et me suis bien promis que le premier de vous autres sages que je rencontrerais, je me ferais instruire, et qu’après m’être bien exercé, j’irais retrouver mon homme et lui présenter de nouveau le combat. Ainsi tu viens, comme je disais, fort à propos. Enseigne-moi à fond, je te prie, ce que c’est que le beau, et tâche de me répondre avec la plus grande précision, de peur que cet homme ne me confonde de nouveau, et que je lui apprête à rire pour la seconde fois. Car sans doute tu sais tout cela parfaitement ; et, parmi tant de connaissances que tu possèdes, celle-ci est apparemment une des moindres ?

 

HIPPIAS — Oui, Socrate, une des moindres ; ce n’est rien en vérité.

 

SOCRATE — Tant mieux, je l’apprendrai facilement, et personne désormais ne se moquera de moi.

 

HIPPIAS — Personne, j’en réponds. Ma profession, sans cela, n’aurait rien que de commun et de méprisable.

 

SOCRATE — Par Junon, tu m’annonces une bonne nouvelle, Hippias, s’il est vrai que nous puissions venir à bout de cet homme. Mais ne te gênerai-je pas si, faisant ici son personnage, j’attaque tes discours à mesure que tu répondras, afin de m’exercer davantage ? car je m’entends assez à faire des objections ; et, si cela t’est indifférent, je veux te proposer mes difficultés, pour être plus ferme dans ce que tu m’apprendras.

 

HIPPIAS — Argumente, j’y consens : aussi bien, comme je t’ai dit, cette question n’est pas d’importance ; et je te mettrais en état d’en résoudre de bien plus difficiles, de façon qu’aucun homme ne pourrait te réfuter.

 

SOCRATE — Tu me charmes, en vérité. Allons, puisque tu le veux bien, je vais me mettre à sa place, et tâcher de t’interroger. Si tu récitais en sa présence ce discours que tu as, dis-tu, composé sur les belles occupations, après l’avoir entendu, et au moment que tu cesserais de parler, il ne manquerait pas de t’interroger avant toutes choses sur le beau (car telle est sa manie ), et il te dirait : Étranger d’Élis, n’est-ce point par la justice que les justes sont justes ? Réponds, Hippias, comme si c’était lui qui te fît cette demande.

 

HIPPIAS — Je réponds que c’est par la justice.

 

SOCRATE — La justice n'est-elle pas quelque chose de réel ?

 

HIPPIAS — Sans doute.

 

SOCRATE — N'est-ce point aussi par la sagesse que les sages sont sages, et par le bien que tout ce qui est bon est bon ?

 

HIPPIAS — Assurément.

 

SOCRATE — Cette sagesse et ce bien sont des choses réelles, et tu ne diras pas apparemment qu'elles n'existent point ?

 

HIPPIAS — Qui pourrait le dire ?

 

SOCRATE — Toutes les belles choses pareillement ne sont-elles point belles par le beau ?

 

HIPPIAS — Oui, par le beau.

 

SOCRATE — Ce beau est aussi quelque chose de réel, sans doute ?

 

HIPPIAS — Certainement.

 

SOCRATE — Étranger, poursuivra-t-il, dis-moi donc ce que c'est que ce beau.

 

HIPPIAS — Celui qui fait cette question, Socrate, veut-il qu'on lui apprenne autre chose, sinon qu'est-ce qui est beau?

 

SOCRATE — Ce n'est pas là ce qu'il demande, ce me semble, Hippias, mais ce que c'est que le beau.

 

HIPPIAS — Et quelle différence y a-t-il entre ces deux questions ?

 

SOCRATE — Est-ce qu'il ne te paraît pas qu'il y en ait ?

 

HIPPIAS — Non, il n'y en a point.

 

SOCRATE — Il est évident que tu sais cela mieux que moi. Cependant fais attention, mon cher. Il te demande, non pas qu'est-ce qui est beau, mais ce que c'est que le beau.

 

HIPPIAS — Je comprends, mon cher ami : je vais lui dire ce que c'est que le beau, et il n'aura rien à répliquer. Tu sauras donc, puisqu'il faut te dire la vérité, que le beau c'est une belle fille.

 

SOCRATE — Par le chien, Hippias, voilà une belle et brillante réponse. Si je réponds ainsi, aurai-je répondu, et répondu juste à la question, et n’aura-t-on rien à répliquer ?

 

HIPPIAS — Comment le ferait-on, Socrate, puisque tout le monde pense de même, et que ceux qui entendront ta réponse te rendront tous témoignage qu’elle est bonne ?

 

SOCRATE — Soit, je le veux bien. Voyons, Hippias, que je répète en moi-même ce que tu viens de dire. Cet homme m’interrogera à-peu-près de cette manière : Socrate, réponds-moi : toutes les choses que tu appelles belles ne sont-elles pas belles, en supposant qu’il y a quelque chose de beau par soi-même ? Et moi, je lui répondrai qu’en supposant que le beau est une belle fille on a trouvé ce par quoi toutes ces choses sont belles.

 

HIPPIAS — Crois-tu qu’il entreprenne après cela de te prouver que ce que tu donnes pour beau ne l’est point ; ou s’il l’entreprend, qu’il ne se couvrira pas de ridicule ?

 

SOCRATE — Je suis bien sûr, mon cher, qu’il l’entreprendra ; mais s’il se rend ridicule par là, c’est ce que la chose elle-même fera voir. Je veux néanmoins te faire part de ce qu’il me dira.

 

HIPPIAS — Voyons.

 

SOCRATE — Que tu es plaisant, Socrate ! me dira-t-il. Une belle cavale n’est-elle pas quelque chose de beau, puisque Apollon lui-même l’a vantée dans un de ses oracles ? Que répondrons-nous, Hippias ? N’accorderons-nous pas qu’une cavale est quelque chose de beau, je veux dire une cavale qui soit belle ? Car, comment oser soutenir que ce qui est beau n’est pas beau ?

 

HIPPIAS — Tu dis vrai, Socrate, et le dieu a très bien parlé. En effet, nous avons chez nous des cavales parfaitement belles.

 

SOCRATE — Fort bien, dira-t-il. Mais quoi ! une belle lyre n’est-elle pas quelque chose de beau ? En conviendrons-nous, Hippias ?

 

HIPPIAS

Oui.

 

SOCRATE — Cet homme me dira après cela, j’en suis à-peu-près sûr, je connais son humeur : Quoi donc, mon cher ami, une belle marmite n'est-elle pas quelque chose de beau ?

 

HIPPIAS — Quel homme est-ce donc là, Socrate ? Qu'il est mal appris d'oser employer des termes si bas dans un sujet si noble !

 

SOCRATE — Il est ainsi fait, Hippias. Il ne faut point chercher en lui de politesse ; c'est un homme grossier, qui ne se soucie que de la vérité. Il faut pourtant lui répondre ; et je vais dire le premier mon avis. Si une marmite est faite par un habile potier ; si elle est unie, ronde et bien cuite, comme sont quelques unes de ces belles marmites à deux anses, qui tiennent six mesures, et sont faites au tour ; si c'est d'une pareille marmite qu'il veut parler, il faut avouer qu'elle est belle. Car comment dirions-nous que ce qui est beau n'est pas beau ?

 

HIPPIAS — Cela ne se peut, Socrate.

 

SOCRATE — Une belle marmite est donc aussi quelque chose de beau ? dira-t-il. Réponds.

 

HIPPIAS — Mais oui, Socrate, je le crois. Ce meuble, à la vérité, est beau quand il est bien travaillé ; mais tout ce qui est de ce genre ne mérite pas d'être appelé beau, si tu le compares avec une belle cavale, une belle fille, et toutes les autres belles choses.

 

SOCRATE — A la bonne heure. Je comprends maintenant comment il nous faut répondre à celui qui nous fait ces questions. Mon ami, lui dirons-nous, ignores-tu combien est vrai le mot d'Héraclite, que le plus beau des singes est laid si on le compare à l'espèce humaine ? De même la plus belle des marmites, comparée avec l'espèce des filles, est laide, comme dit le sage Hippias. N'est-ce pas là ce que nous lui répondrons, Hippias ?

 

HIPPIAS — Oui, Socrate, c'est très bien répondu.

Platon

Hippias majeur 113e-121e

 

Introduction :

 

  • Demander aux élèves ce qu'est le beau en comparant deux oeuvres.
    • Préparer un dossier sur ces deux oeuvres. De quel philosophe est proche P.de Champaigne. Chercher d'autres oeuvres.
 

Ex Voto, 1662 Huile sur toile, 165 x 229 cm Musée du Louvre, Paris Philippe de Champaigne est un peintre proche desJansénistes (chercher le sens de ce terme), après que sa fille paralysée a été miraculeusement guérie au couvent de Port-Royal, évènement qu'il célébrera dans l'Ex-voto en 1662, toile mystique d'action de grâce. Ce tableau, aujourd'hui conservé au musée du Louvre, représente la fille de l'artiste avec la mère supérieure Agnès Arnauld.

 

Composition suprématiste : K. Malevitch

 
  • Le tableau de Malevitch est-il détaché de toute représentation?
  • * Que voit-on?
  • * La croix qui est sur les deux tableaux ne fait-elle pas dialoguer ces tableaux?

Malevitch peint ceci :

et encore cela :

  • Réfléchir à partir de là sur le sens du "carré blanc sur fond blanc". Quel est l'obstacle à la compréhension de l'oeuvre?
     
  • Si c'est "à chacun selon ses goûts", y-a-t-il possibilité de dialogue?
 
  • Le texte de Platon met en valeur la place de l'éducation dans les appréhensions du beau. Repérer les phrases du textes où cela apparaît. Pour mieux répondre, préciser d'abord qui est Hippias. Chercher des exemples dans le texte qui confirment (ou infirment cet argument).
     
  • Pourquoi Hippias est-il un mauvais élève?
    • En quoi la culture que l'on reçoit détermine-t-elle notre compréhension de ce qui nous entoure?
    • Quel est le sens de l'opposition entre grossier et poli? Que ne comprend pas Hippias?
     
  • Lire ce passage :

HIPPIAS — Quel homme est-ce donc là, Socrate ? Qu'il est mal appris d'oser employer des termes si bas dans un sujet si noble ! SOCRATE — Il est ainsi fait, Hippias. Il ne faut point chercher en lui de politesse ; c'est un homme grossier, qui ne se soucie que de la vérité. Il faut pourtant lui répondre ; et je vais dire le premier mon avis. Si une marmite est faite par un habile potier ; si elle est unie, ronde et bien cuite, comme sont quelques unes de ces belles marmites à deux anses, qui tiennent six mesures, et sont faites au tour ; si c'est d'une pareille marmite qu'il veut parler, il faut avouer qu'elle est belle. Car comment dirions-nous que ce qui est beau n'est pas beau ? HIPPIAS — Cela ne se peut, Socrate. SOCRATE — Une belle marmite est donc aussi quelque chose de beau ? dira-t-il. Réponds. HIPPIAS — Mais oui, Socrate, je le crois. Ce meuble, à la vérité, est beau quand il est bien travaillé ; mais tout ce qui est de ce genre ne mérite pas d'être appelé beau, si tu le compares avec une belle cavale, une belle fille, et toutes les autres belles choses. SOCRATE — A la bonne heure. Je comprends maintenant comment il nous faut répondre à celui qui nous fait ces questions. Mon ami, lui dirons-nous, ignores-tu combien est vrai le mot d'Héraclite, que le plus beau des singes est laid si on le compare à l'espèce humaine ? De même la plus belle des marmites, comparée avec l'espèce des filles, est laide, comme dit le sage Hippias. N'est-ce pas là ce que nous lui répondrons, Hippias ? HIPPIAS — Oui, Socrate, c'est très bien répondu.

 
  • Expliquer à partir de là le sens de l'ironie de Socrate. Que ne comprend pas Hippias?